Covid-19 : y a-t-il une pénurie de masques de protection ?

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Question posée le 27/02/2020

Bonjour,

L’inquiétude grandit chez les professionnels de santé. Les approvisionnements en masques censés leur éviter d’être contaminés par des malades du Covid-19 sont devenus particulièrement difficiles – voire impossibles, selon les régions. Ainsi, comme le relève APM News dans une dépêche du 26 février : «A Strasbourg, la médecin généraliste [qui a été contaminée après avoir] reçu en consultation un patient par la suite diagnostiqué positif pour le coronavirus ne disposait pas de masque de protection FFP2», écrit l’agence spécialisée, citant une collègue exerçant dans le même cabinet. Un cas qui n’a rien d’isolé, selon le syndicat Jeunes Médecins, qui se désole, dans un communiqué, du fait que «les médecins libéraux, en première ligne pour prendre en charge les patients suspects ou atteints du coronavirus, n’ont bénéficié à ce jour d’aucun matériel de protection lors de l’examen des patients». Une pénurie, ou quasiment, que les autorités peinent à reconnaître depuis le début de l’épisode Covid-19.

«Aujourd’hui, il n’y a aucune indication à acheter des masques pour la population française, nous avons des dizaines de millions de masques en stock. En cas d’épidémie, ce sont des choses qui sont d’ores et déjà programmées.» Agnès Buzyn, alors ministre des Solidarités et de la Santé, se voulait très rassurante le 26 janvier devant les caméras de télévision. Ces «dizaines de millions de masques» appartiendraient à un stock d’Etat «constitué afin de répondre aux besoins des patients en cas de situation sanitaire exceptionnelle, ce qui n’est pas le cas actuellement en France», ajoutaient ses services.

«Nous poursuivons l’équipement en masques»

Un mois plus tard, pourtant, les professionnels de santé font état de difficulté à s’approvisionner en masques. Et surtout en masques «FFP2», destinés aux soignants car censés limiter l’inhalation d’agents infectieux. On différencie ces FFP2 des masques plus classiques, dit «chirurgicaux», qui doivent, eux, être portées par des personnes malades (ou susceptibles de l’être) ou revenant de zones à risque pour éviter de contaminer leur entourage.

Du côté du ministère, le propos a d’ailleurs un peu changé par rapport au mois dernier : «Nous poursuivons l’équipement en masques», glissait samedi le successeur d’Agnès Buzyn, Olivier Véran, au Parisien. Et le lendemain : «Nous allons faire le nécessaire pour que [les personnels de santé] puissent disposer de masques adaptés à chaque situation dans un marché qui est tendu sur le plan international. Et nous allons notamment travailler avec les entreprises productrices de masques FFP2, qui […] sont situées sur le sol français, et nous passons une commande.» Plus précisément, la France «achète des dizaines de millions de masques» de ce type. Pas question pour autant de parler de pénurie.

«Il n’y a pas de stocks de FFP2»

«Sur ces masques, nous disposons de stocks stratégiques dans les hôpitaux, dans un très grand nombre de cabinets libéraux, et dans un grand nombre de services de l’Etat, qui nous permettent de faire face à la demande. […] Il n’y a donc aucun problème d’accès à ces masques pour toutes celles et ceux qui en ont besoin», promettait lundi le ministre de la Santé lors de sa conférence de presse quotidienne.

Un propos en complète contradiction avec ce qu’aurait dit le ministre, le même jour, au président du syndicat des médecins généraux (MG France), Jacques Battistoni. Interrogé par CheckNews, le généraliste raconte : «Il n’y a pas de stock de FFP2, Olivier Véran me l’a confirmé lundi. Les particuliers se sont jetés dessus, il n’y en a plus…»

Selon Véran, une réunion a ainsi lieu, lundi après midi, entre médecins libéraux et le ministère «pour envisager les moyens les plus fiables, les plus rapides et les plus simples» afin que ces professionnels puissent se «fournir en masques à mesure que ceux-ci arriveront pour renforcer encore nos stocks», poursuit le successeur d’Agnès Buzyn devant la presse.

Contactée pour plus de précisions, la Direction générale de la santé (DGS), qui dépend du ministère, ne nous a pas précisé comment et quand se déroulerait la distribution de ces masques FFP2. Ce qui est sûr, c’est qu’ils n’arriveront pas dans les jours à venir. Jacques Battistoni : «Les pouvoirs publics ont passé commande de 35 millions par mois. Mais il faut les fabriquer. Et la date de livraison dépend donc des fabricants. Mercredi, le gouvernement était d’ailleurs incapable de nous répondre sur ce point.»

«En superposant deux masques chirurgicaux»…

Dans l’immédiat, faute de masques FFP2, les professionnels devront se contenter de masques chirurgicaux. Une quinzaine de millions de ces derniers vont être sortis de la réserve nationale. Ces masques se destineront donc aux patients possiblement malades… mais pourraient aussi être détournés de leur usage et être utilisés par les médecins comme masque de protection pour remplacer les FFP2. «Le ministre nous a expliqué qu’en superposant deux masques chirurgicaux, on pourrait avoir une protection, certes moindre qu’avec un FFP2 mais on n’a pas le choix», souffle Jacques Battistoni, qui suggère qu’une consigne pourrait être donnée en ce sens prochainement. Ce dont nous n’avons pas eu confirmation auprès des autorités.

Les masques chirurgicaux, issus du stock national, seront distribués aux hôpitaux et aux médecins par deux canaux, annonce la DGS à CheckNews. D’une part, «38 établissements hospitaliers habilités Covid-19 vont recevoir des dotations de masques chirurgicaux dès vendredi prochain».

«De plus, en parallèle, les médecins généralistes seront dotés, la semaine prochaine, de masques chirurgicaux issus de ce stock pour la prise en charge de patients suspects de Covid-19, poursuivent les services du ministère. Cette mise à disposition sera réalisée via les pharmacies d’officine à l’aide d’un bon de retrait fourni par la Caisse nationale d’assurance maladie.»

Si la DGS ne nous a pas répondu sur ce point, on apprenait jeudi soir par la bouche d’Olivier Véran que «15 millions de masques ont été déstockés». Chiffre dont Gilles Bonnefond, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine, détaille à CheckNews la répartition : «5 millions sont destinés aux hôpitaux, et 10 aux officines, qui fourniront donc uniquement les médecins.» Ces masques seront-ils livrés seuls ou dans un kit ? Une question d’importance, pointe Jacques Battistoni, de MG France : «On ne sait pas encore si ce sont seulement des masques qui seront distribués la semaine prochaine. Car les seuls masques ne suffisent pas, il faut aussi des lunettes et du gel hydroalcoolique.»

«Loi de l’offre et de la demande»

Ce qui est certain, en revanche, c’est que les masques seront réservés aux professionnels. Consigne a en effet été donnée aux pharmaciens de ne pas distribuer ces masques issus du stock de l’Etat aux particuliers. Ce que nous confirme Christophe Wilcke, président de l’Union régionale des professionnels de santé (URPS) Pharmaciens Grand-Est : «Mercredi à midi, tous les pharmaciens ont reçu un message de l’Ordre des pharmaciens indiquant que nous allions recevoir, via les grossistes répartiteurs, un stock d’Etat de masques de protection. Et puis à 20 h 56, un deuxième message indiquait que ce stock devait être réservé aux professionnels de santé contre un bon de l’assurance maladie, et qu’il n’était pas envisagé à ce stade de distribuer le stock à la population.»

Cela ne veut pas dire que les particuliers ne pourront pas acheter de masques en accès libre, si le pharmacien en a en plus des dotations d’Etat. Il faudra simplement trouver des officines en disposant encore, et à un prix acceptable. «Certaines officines sont en rupture de stock, et les prix peuvent par ailleurs être élevés, note ainsi Christophe Wilcke. C’est la loi de l’offre et de la demande qui joue, et vu qu’il s’agit de prix libres, certains profitent de la situation.»

Cédric Mathiot , Fabien LeboucqSource : liberation