«Depuis plusieurs jours, nous faisons un seul repas»

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Laurent (1), Camerounais de 39 ans, est arrivé en Europe fin 2019 avec un visa Schengen, expiré depuis peu. Il se retrouve donc en situation irrégulière. Après un passage par la France et la Belgique, il a rejoint un ami installé en Andalousie, dans le sud de l’Espagne. C’est là, dans un petit appartement de Roquetas de Mar, près d’Almeria, qu’il vit confiné dans une grande précarité.

«Je suis confiné depuis une dizaine de jours dans un appartement avec une chambre et un salon. Mon ami vit ici avec sa femme et leurs deux petites filles âgées de 4 ans et 1 an et demi. En temps normal, les filles sont à l’école et à la crèche. Là, enfermées, elles crient à longueur de journée. Leurs parents sont parfois nerveux. Ils essaient de les faire dormir mais elles ne sont pas habituées. Tout leur rythme de vie est complètement perturbé.

«Mon ami travaillait de manière journalière dans un entrepôt de fruits. Toute l’activité s’est arrêtée. Moi, je suis sans boulot, donc sans revenus. Sa femme ne travaille pas non plus. Du coup, on survit sur les quelques économies qu’il a faites. Depuis plusieurs jours, nous faisons un seul repas car il faut économiser ce qu’il y a dans le frigo. Le peu d’argent sert surtout à acheter le nécessaire pour les enfants, les couches, de quoi les nourrir. Le soir, je mange du pain et un peu de pâtes avant de me coucher. 

Lire l’épisode précédent«Le confinement, ici, ça ne change pas grand-chose»

«Ici à la maison, il n’y a pas grand chose à faire à part dormir et regarder la télé. Je me sens mal car je me retrouve confiné avec un couple qui n’a plus son intimité. Cela me fait bizarre de me retrouver dans cette situation, sans pouvoir aller faire un tour et leur laisser leur liberté. En dix jours, je suis sorti trois fois rapidement avec mon ami pour aller au supermarché, qui est à deux minutes à pied. Nous avons respecté le mètre de distance recommandé. On souffre d’une grande psychose de sortir, on a l’impression que même l’air est contaminé. Et moi, j’ai peur de la police, qui est déployée dans les rues pour demander aux gens de rester chez eux.

«Nous sommes très inquiets de la durée de confinement. Comment se ravitailler en nourriture sans argent ? A ma connaissance, aucune association dans le coin ne distribue d’aide alimentaire. C’est vraiment une situation très rude. Nous croisons les doigts et espérons que des solutions soient trouvées au plus vite, sinon ça va être catastrophique et les nerfs risquent d’exploser.»

(1) Le prénom a été modifié

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Frédéric AutranSource : liberation