Jeudi polar : Rivés à «la Chaîne»

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Qui n’a pas eu entre les mains, enfant, une lettre à faire suivre immédiatement ? Il ne fallait pas rompre la chaîne, nous disait-on, sinon on allait au-devant de la catastrophe. La Chaîne, thriller d’un Irlandais de 52 ans qui vit aujourd’hui à New York, Adrian McKinty, s’inspire très exactement de ce schéma. Le principe : on enlève votre enfant, on vous demande une rançon, et pour que vous puissiez le revoir vivant, vous devez à votre tour enlever un enfant. Vous sélectionnez une cible (une famille), vous la surveillez, vous kidnappez leur gosse, vous demandez la rançon via un téléphone jetable, et si vous faites tout correctement, si la famille que vous avez choisie obtempère, alors les parents qui détiennent votre fils ou votre fille en otage vont récupérer sain et sauf leur propre rejeton kidnappé, et libérer le vôtre. C’est sans fin. Le tout est piloté par une voix neutre, déformée par un logiciel de déformation, mais le lecteur sait, et l’héroïne devine, qu’il s’agit d’une femme.

L’héroïne : elle démarre sur le tard une carrière de prof de philo, et elle craint une récidive de son cancer du sein. Elle s’appelle Rachel, est divorcée, vit seule avec sa fille, Kylie, 13 ans, dans un coin ultrachic du nord-est des Etats-Unis. Ce sont deux personnages pleins de ressources. Kylie, menottée dans une cave, ne se laisse pas abattre. Rachel fait face, trouve l’argent qu’elle n’a pas. Elle a la bonne idée d’appeler à la rescousse non pas son ex, plutôt son beau-frère, Pete, un ancien soldat ravagé. Il a un problème avec la came. Mais il a des armes, et quelques connaissances en matière d’informatique. C’est indispensable, car la surveillance, l’argent, la terreur, tout passe par Internet. Rachel est comme tout le monde, elle ne ferait jamais de mal à un enfant. Pourtant, elle va séquestrer une petite fille de 8 ans. Et elle serait prête à la laisser mourir s’il le fallait.

Le livre de McKinty est efficace, c’est la moindre des choses. Il est parsemé de références inhabituelles dans ce genre d’atmosphère, Thomas de Quincey ou Robert Lowell, c’est agréable. Mais il est surtout élégant, vif, presque léger. Naturellement, dans la deuxième partie, Rachel va essayer de faire péter les maillons de la chaîne infernale.

Claire Devarrieux

La Chaîne, d’Adrian McKinty. Traduit de l’anglais par Pierre Reignier. Mazarine «thriller», 398 pp., 22 euros (ebook : 15,99 euros).

Source : liberation