«On s’est dit que ça partait en sucette mais on ne savait pas à quel point»

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Chloé (1), 33 ans, était au fin fond de la Colombie quand le confinement a été décrété. Passées les galères pour rentrer en France, nouveau casse-tête : trouver un endroit où se confiner, son appart ayant été loué…

«Nous en sommes juste à notre quatrième jour de confinement. Avec mon conjoint, on a quitté la France le 20 janvier pour trois mois de backpacking [voyage avec sac à dos, ndlr] en Colombie. Quand le confinement a été décrété par Macron le 16 mars, on était dans un parc national, à 350 km de Bogota, pour quatre jours de marche. L’accès à la 4G était très rare. A un moment, on a reçu plein de messages mais impossible de répondre. On s’est dit que ça partait en sucette mais on ne savait pas à quel point. Le soir, on a entendu à la radio que le gouverneur de la province où on se trouvait avait décidé de boucler son périmètre. Le problème, c’est qu’on avait laissé nos gros sacs au départ de la rando, dans la province d’à côté. Une fois arrivés, on a vu le tweet de l’ambassade française recommandant de quitter le pays sous quarante-huit heures. A l’hôtel, la dame nous a dit qu’elle avait reçu l’ordre des services de l’immigration de signaler tous les étrangers. Et le bruit courait que l’armée allait couper les routes.

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«Le lendemain, on a eu la chance de croiser une Franco-colombienne qui avait réservé un taxi pour la ville où étaient nos sacs, elle a accepté de le partager. Là, changement d’ambiance, tout le monde portait des masques, on commençait à nous regarder de travers. Jeudi 19 mars, le président colombien a annoncé que les étrangers devaient partir d’ici au dimanche suivant. On a pris un vol intérieur pour Bogota. Au comptoir d’Air France, on s’est inscrit sur une liste et on est revenu chaque jour à l’aéroport. Le samedi soir, on a été appelé pour embarquer. L’avion était complet. A 350 personnes dans un avion, tu ne peux pas te laver les mains quand tu veux, le mec derrière moi toussait. A Paris, on a repris un vol pour Lyon.

«Notre appart est loué, on a dû trouver un plan en urgence. Sur Airbnb, une personne a accepté de nous louer son studio à la montagne mais quand on lui a dit qu’on revenait de Colombie, elle s’est braquée en nous disant que c’était “trop risqué”, “qu’il existe en France des structures pour les gens comme nous”. Donc on a fait appel à la solidarité des potes. Un ami nous a prêté pour deux semaines une maison de famille dans un village de Savoie. On a de la chance, ça permet un retour plus zen. On chauffe juste les pièces qu’on occupe. On est allé au supermarché pour acheter du vin, du reblochon et du PQ.»

(1) Le prénom a été modifié.

Maïté Darnault correspondante à LyonSource : liberation