Municipales à Toulouse : Pour Jean-Luc Moudenc, “les Gilets jaunes sont aux portes du Capitole”

1 juin 2020 0 Par ADMIN

l’essentiel Jean-Luc Moudenc entre en campagne. Dans un entretien exclusif accordé à « La Dépêche du Midi », le maire sortant, candidat d’une liste société civile, Les Républicains et La République en marche, fragilisé par les résultats du premier tour, réagit au sondage qui montre qu’une victoire d’Antoine Maurice avec Archipel citoyen (EELV, France insoumise, ex-PS) allié à Nadia Pellefigue (UNE, PS, PRG et PCF) est possible.

Que pensez-vous du sondage qui donne Archipel vainqueur?

Il ne m’a pas étonné. Depuis plus d’un an, je ne cesse de dire que l’élection sera serrée. Mais j’ai senti que je prêchais dans le désert, que même mes propres amis n’étaient pas convaincus. Jusqu’au premier tour et cette semaine encore, j’ai entendu sans cesse: «Mais M. Moudenc, vous allez être réélu! » Je savais que c’était une mauvaise perception de la réalité toulousaine et que c’était formidablement démobilisateur. Le sondage, certes commandé pour faire pression sur la candidate socialiste, confirme mon intuition. Au moins, les choses sont claires. Il y a deux adversaires – car les choses se joueront entre Antoine Maurice et moi- et ils ont autant de chance l’un que l’autre. Le match commence à égalité.

Vous sentez-vous réellement menacé?

Je sens que tout est possible. J’espère que ce sondage sera un électrochoc auprès des électeurs qui approuvent l’action municipale. Et je sais que les Toulousains ont horreur que les sondages décident à leur place. Au fond, je trouve ça très sain.

“Les électeurs ne doivent pas prendre ce scrutin à la légère”

Pourquoi vos électeurs qui se sont abstenus iraient-ils voter cette fois-ci?

À ceux qui ne sont pas venus, je dis: la pandémie recule partout. Toulouse est la grande ville de France la plus épargnée. À ceux qui pensaient que l’élection était pliée, je dis qu’il n’en est rien. Surtout, l’avenir de Toulouse mérite qu’on y consacre quelques instants. Et de manière très grave et solennelle, j’attire leur attention sur le fait que le choix intervient dans un moment difficile. Nous entrons dans une crise sociale et économique. Selon qu’ils feront un bon ou un mauvais choix, ils engageront notre avenir. L’heure est grave. Ils ne doivent pas prendre ce scrutin à la légère.

Vous répétez qu’il y a des risques en cas de victoire d’Archipel…

Ceux qu’on appelle encore à tort les Gilets jaunes sont aux portes du Capitole. Et il y a beaucoup de risques! Archipel va démanteler toute la politique sécuritaire que M. Maurice a critiquée pendant six ans. Les professionnels du désordre, les organisateurs de squats, les soutiens de ceux qui taguaient le Capitole et les magasins mettront fin à tout ce qu’on a fait et la délinquance explosera. Le deuxième risque concerne l’aéronautique. Archipel conteste la pertinence même de ce secteur. Nous, nous proposons de soutenir tous ceux qui participent à la relance. Nous sommes pour un tournant écologique mais il est vain d’espérer l’avion vert si Airbus n’a plus les moyens d’exister. Sur l’emploi en général, il n’y a pas de création sans dynamisme des entreprises privées et il suffit de regarder les positions d’Archipel pour comprendre que beaucoup sont hostiles aux entrepreneurs. Sur les déplacements, Archipel est tout à la fois contre l’avion, la LGV, l’automobile et le métro! Nous, nous soutenons l’aéronautique, la LGV, des infrastructures routières et la 3e ligne, un projet que nous confirmons dans son intégralité.

“Archipel a réussi une formidable opération de camouflage”

La composition de la liste vous inquiète?

Qu’éventuellement Mme Maurin puisse être adjointe au commerce, M.Piquemal au logement et Mme Dujardin à la sécurité, ça me fait froid dans le dos quand on connaît leurs positions sur ces sujets. Ce sont des extrémistes et ils ne vont pas se contenter de places secondaires. Le 15 mars 2013, M.Piquemal a fait irruption au conseil municipal en montant sur une table pour invectiver Pierre Cohen et lui reprocher de ne pas avoir réquisitionné des logements. Aujourd’hui, ils sont sur la même liste… Archipel a réussi, derrière un sympathique paravent vert, Antoine Maurice, une formidable opération de camouflage d’extrémistes souvent peu connus du grand public, des Insoumis. Il y a un véritable danger.

Archipel vous reproche d’en faire une caricature…

Je ne suis pas dans la polémique mais je me base sur leurs déclarations et les faits. Mon objectif est d’ouvrir les yeux des Toulousains pour qu’ils voient ce que mes adversaires leur cachent soigneusement.

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Que proposez-vous aux Toulousains ?

Nous leur apportons un projet riche, concret, longuement pensé et concerté. Pas moins de 8 000 Toulousains nous ont donné des idées. Et puis, je vais proposer, dans les prochaines semaines, des innovations pour tenir compte de la crise. Notre projet reste valable mais il nous faut affirmer de nouvelles priorités à développer dans les mois à venir. Nous avons le devoir de bouger les lignes, de nous adapter, de nous projeter. Ce que je leur propose aussi, c’est un très large rassemblement. Un certain nombre de familles politiques qui étaient représentées au premier tour, plus à droite que moi ou plus à gauche, peuvent se retrouver dans ma vision. Et je crois, en cas de fusion à gauche, qu’un nombre non négligeable d’électeurs de Nadia Pellefigue, parce que ce sont des sociaux-démocrates, des socialistes humanistes dans la tradition toulousaine, ou de tempérament de centre gauche, s’y reconnaîtront aussi plutôt que dans une démarche faisant bonne place à des éléments ultras et radicalisés. Pour la première fois dans l’histoire de Toulouse, la famille socialiste est mise en minorité. Ce rassemblement va créer un nouveau clivage: d’un côté, les humanistes ambitieux pour Toulouse et, en face, un méli-mélo qui précipitera la régression de Toulouse. Connaissant Claude Raynal et Nadia Pellefigue, qui depuis toujours se sont affichés comme élus amis des entreprises, j’ai du mal à les imaginer soumis aux Insoumis. Une telle liste ne pourrait tenir dans la durée. Où irait Toulouse ?

Que pensez-vous de la fusion à gauche?

C’est une bataille entre appareils politiques pour se répartir les postes entre personnes qui n’ont pas les mêmes idées. S’il y avait fusion, cela signifierait que certains s’assiéraient sur leurs convictions, ce qui serait très grave pour Toulouse. Tout sauf un projet commun sincère. Il serait faux de faire croire que le 28 juin sera un duel gauche droite classique.

Il y a d’un côté une dynamique verte. Quel est le moteur de votre candidature?

Sauvegarder ce qui fait les succès toulousains malgré les difficultés du contexte actuel! Il faut protéger les Toulousains, dans leur santé, leurs emplois, leur environnement. En ce qui concerne l’écologie, elle a été très présente dans mon action parce que je n’ai pas attendu la dynamique dont vous parlez, et nous irons plus loin.
Pour relever ces défis, je propose l’addition de l’expérience et du renouvellement avec 58 % de nouveaux colistiers. Toulouse est une ville paradoxale, qui manie les excès mais, à la fin, se positionne sur une forme d’équilibre, de sagesse, et c’est cela qui lui a permis de progresser. J’ai chevillé en moi la passion de réunir les bonnes volontés de sensibilités diverses. Rassembler dans le cadre républicain plutôt que cliver à l’excès et casser ce qui marche.


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